Une fois les dernières formalités réalisées (papiers de sortie du pays, autorités maritimes, immigration)…et les kilos de charcuterie Corses achetées, nous quittons la côte panaméenne, Cap sur les Perlas. C’est notre 1ère navigation dans le Pacifique, et elle est à la hauteur de nos attentes ! Nous observons : des petites baleines, des raies joueuses, pêchons un requin, et un oiseau !!
Après 36h aux Perlas, un joli petit chapelet d’îles nous rappelant notre douce Bretagne, nous larguons les amarres pour traverser le bien nommé, Pacifique. La coque de Karemo est toute propre, nous venons de la caréner.
Les premiers jours de traversées sont idylliques. Des conditions parfaites, pas trop chaud, peu de houle, une agréable atmosphère familiale. Les nuits sont calmes et les quarts se suivent ainsi. Marine 21h-1h30, Oliv 1h30 -7h. La journée, je tente de me transformer en super maman et d’organiser une activité sympa par jour : peinture sur pâtes et confection de colliers, pâte à sel, peinture, pâte à modeler… Oliv se transforme en voiture de course pour le plus grand bonheur des enfants !
Arrivés au 3° N, nous entrons dans la Zone de Convergence InterTropicale, plus simplement surnommée le poteau noir. Qu’est ce donc ? C’est la zone autour de l’équateur où les conditions météo peuvent être très changeantes . Alterner entre pétole (absence de vent) et gros grains ( vents et pluie) . A ces longitudes occidentales, le poteau noir est calme, alternant vent au prés et absence de vent.
Cette première semaine de navigation se déroule dans une atmosphère joyeuse, douce, familiale. Les enfants se sentent bien, et nous aussi. Nous prenons le temps de prendre soin d’eux, faire des « activités », jouer ensemble, rire, beaucoup de bisous, cuisiner. Guilhem et Philippine alternent entre disputes et jeux…mais passent tout de même plus de temps à jouer ensemble. Je suis fière d’eux. Très fière. Pas une fois ils réclament la terre. En fait cette vie est leur normalité. Ne pas poser le pied à terre, avoir sa maison penchée des heures durant, avoir des difficultés à se déplacer a bord, c’est normal pour eux. Et cela l’est devenu pour nous. La 1ere semaine, nous jouissons d’une nourriture de luxe en abondance : des fruits, des légumes, mais surtout des chipolatas, de la terrine cognac pistache, du pâté fermier, lardons… Nos passe-temps à nous : le sextant, la lecture, la mise à jour des congrès d’urologie pour Oliv, et la lecture, la méditation, les films pour moi.
Puis vinrent 3 jours aux conditions météo plus difficiles, avec une mer agitée, pas mal de vent, et un temps de chien ! Mais quelle surprise quand nous vîmes un voilier au loin…qui était SEDNA, nos copains partis 24h avant nous ! Quel hasard, nous ne savions pas quelle route ils empruntaient. Nous sommes ravis de les doubler !! Enfin, à J11 nous trouvons nos alizés au 8eme degré sud. Et le doux temps qui va avec. L’océan grouille de thon qui sautent, Oliv en pêche un en 30 secondes (ce n’est pas une facon de parler !), des arcs en ciel jaillissent du ciel : nous sommes au paradis ! Pour accompagner les sashimis qui nous attendent (le gingembre confis, soy sauce étant prêts à être ouverts), Guigui et Fifi nous préparent un fondant au chocolat !
S’en suivent un continuum de journées, sous les alizés sud est, entre 12 et 15 noeuds. La houle est variable mais nous sommes rodés, elle ne nous gêne plus guère. Les enfants nous surprennent d’ autonomie et passent beaucoup de temps à jouer ensemble. Lego, treuillage de lapins, dinosaures,dessin… au bout de 2 semaines ils ne se lassent pas. Pas une seule fois ils me demandent quand est ce qu’on arrive. En fait, cette traversée m’apprend beaucoup à leur sujet : nous sommes à leur entière disposition pour les câliner, leur lire ou inventer des histoires (activité où excelle oliv), faire des carnets, des pâtes a sel…etc… Dès lors, ils sont comblés et ne réclament pas l’arrivée. Et l’activité physique ? me questionnerez vous : et bien dans leur monde d’enfant, Karemo est un voilier de … 50 m de long, regorgeant de cachettes, d’endroit à escalader, de hublot d’où s’échapper ! Etes-vous, une fois adulte, déjà retourné dans la cour de récréation de votre école primaire ? Elle est minuscule comparé à la vision que l’on en avait enfant ! Et bien pour Karemo, c’est pareil ! et cela ne va pas sans nous flatter, que dans l’imaginaire de nos petites têtes blondes, Karemo soit immense !! Dans notre coeur il l’est aussi.
Les 15 èmes et 16èmes jours sont fatiguant, avec une hausse du vent dépassant les 20 noeuds. Le bateau remue beaucoup, il est difficile de se déplacer. Chaque geste à réaliser est fastidieux mais on tient le coup à coup de gâteaux, Nutella, films… et puis nous avons dépassé la moitié du voyage et même si elle est encore loin, l’arrivée se rapproche. Fidèles à eux-mêmes, les enfants n’ont que faire du roulis et alternent jeux, fou rires à deux, et moments calmes. Ils m’impressionnent. Je suis loin, bien loin de l’état d’esprit du début du voyage, il y a bientôt un an. Et c’est tant mieux . Puis une petite monotonie s’installe à bord. Nous évoquons de plus en plus souvent l’arrivée . Le vent souffle dans discontinuer, aux alentours des 20 noeuds. Les réserves de frais s’amoindrissent mais bon, on n’est pas a plaindre, avec les 7 bocaux mijotés par Oliv a ShelterBay, le Kilo de calissons que Violaine nous a offert, les quantités pharaoniques de bonbons que le capitain s’est acheté… !
J20, le vent et le soleil nous accompagnent. Je décide de faire 2 gâteaux car il faut utiliser nos oeufs qui commencent à être un peu vieux. Mais cette matinée cuisine se transforme en matinée catastrophe : je casse 3 oeufs au fond d’une calle, cela dégouline dans la calle sous jacente et celle encore du dessous. L’oeuf ca pue, je suis bonne pour sortir tous les paquets de pâtes et les laver un a un (mmmm…imaginez une bonne odeur d’oeuf pourri dans le bateau !). Ensuite, une fois mes 2 gâteaux prêts à être enfournés, ZZZzzip, le plat du gâteau au chocolat - que j’avais intelligemment posé sur la gazinière – glisse et se renverse entièrement derrière le four, endroit totalement inaccessible à laver bien entendu. Oliv assiste à tout cela, consterné. Enfin, le temps qu’on lave le blanc d’oeuf et le chocolat dégoulinant (quel gâchis !!!) , vous imaginez bien que mon dernier gâteau crame à moitié au four !! Voila une bonne journée
La dernière semaine se passe très agréablement. Une météo idéale, peu de vague, et un peu de vent, qui nous permet d’installer, en ciseaux, Gennaker et Genois tangonné, soit 120m² de toile . Le peu de vague nous permet de vaquer à nos activités : Oliv replonge dans « améliorer sa stratégie aux echecs » tandis que que je reprends mes pinceaux pour des dessins caricaturaux de notre vie à bord, et produis pas mal de bracelets brésiliens. Les enfants se sont lancés dans les cabanes et passent une partie de la journée sous le carré ou sous notre lit !
23ème jour, nous pêchons enfin notre espadon ! Non sans mal, mais Oliv parvient à remonter l’animal d’1m70 ! Cet animal est impressionnant, très bleu…et délicieux ! En filet, en gratin, en terrine ou en boulette, il s’invite à tous nos repas ! Et enfin, nous arrivons le 28eme jours, pêchons une superbe dorade coryphène juste avant l’arrivée .
Nous jetons l’ancre dans la superbe Baie des Verges, nommée ainsi en raison de la forme suggestive de ses roches, puis rebaptisée Baie des Vierges par les missionnaires.
Au total, 28 jours + 6h de traversée. Nous sommes ravis d’avoir réalisé un de nos rêves, et ravis aussi d’arriver ! Puis ESPLORISTO, nos copains du Quebec arrivera 30h après , suivis de GAIA 40h après nous , et enfin SEDNA 5 jours nous !! Voici une bonne leçon pour ceux qui doutaient encore que Karemo est superbe voilier de course !! A nous les Marquises !!













































