Traversée tranquille de 10 heures au grand largue et arrivée sur l’ile de Tagomago, pointe est d’Ibiza ou une trentaine de vedettes sont encrées dans le sable bordant cette petite ile à la végétation rase et occupée par des mouettes, des lézards, un phare et une splendide villa blanche avec piscine (par ailleurs surement inhabitée hormis le personnel!). Heureusement tout le monde décolle le soir et nous pouvons enfin nous retrouver presque seuls sans cette énorme vedette tape à l’œil, musique à fond et jeunes déchainés dont l’un d’eux n’hésite pas à plonger derrière Marine pour l’inviter à bord ! Moi bloqué par le babysitting, elle décline l’offre bien sûr !
Au petit matin nous sommes seuls, l’eau est clair, j’en profite pour tester le paddle, et, trop sûr de moi, fais un beau plongeon. Ce n’est pas aussi simple que je le pensais mais l’équilibre vient vite et je m’imagine déjà survolant les lagons du pacifique… A terre, entrainement en fractionné avec ascension au phare pour ne pas perdre la forme et décision d’un commun accord de faire une pause alcool et tabac pendant 7 jours…
Les vents étant favorables pour une descente rapide vers Gibraltar et étant donné l’assaut touristique ici nous décidons de ne pas faire la cote nord d’Ibiza et de poursuivre au plus vite vers les portes de notre chère Méditerranée. Navigation au portant par petite brise, notre traceur rame un peu avec un nombre impressionnant de cibles AIS. En effet nous passons devant la ville d’Eivissa, (on entend les basses des boites de nuit), on slalome entres les navettes rapides, les vedettes et les superbes voiliers. Mouillage sur l’ile d’Espalmador où Caroline et Benoit nous invitent à prendre l’apéro sur Vaga leur « cacamarant » comme le prononce Guilhem ! D’emblée nous repoussons notre sevrage alcoolique pour ne pas froisser nos hôtes qui sont tombés amoureux de la Casamance et nous convainquent d’y faire escale. Si tout va bien et si la fin de la saison des pluies n’est pas rédhibitoire nous pourrions y être 1 mois à partir du 10 septembre après une entrée administrative à Dakar.
Nous quittons le monde d’Ibiza pour une traversée de 240 miles vers la baie d’Almeria, petit port andalous.
Nous alternons voile et moteur sans perdre de vue Gaia, son AIS n’étant en fait qu’un classe B, il n’émet pas assez fort pour nous être utile ! La veille est un peu plus régulière que les traversées précédentes du fait des routes commerciales qui convergent vers Gibraltar et nous sommes doublés assez souvent par d’énormes porte-containers et super-tankers, du coup les nuits de quart sont plus fatigantes et nous nous partageons la nuit 4h-4h avec Marine. Les enfants alternent leurs périodes hyperactives, avec à la clé gribouillage intégral de sa cabine par Guilhem (heureusement que les vaigrages en pvc se nettoient facilement), arrachage des pages de livre par Philippine, déballage complet des caisses à jouet dans le carré, débricollage de la déco de Marine… leurs repas sont une fois sur deux infernaux, et les heureuses périodes de sieste et de dodo sont bienvenues! Cela donne du travail pour nous deux à temps plein et nous nous relayons pour nous permettre à chacun un petit moment perso.
A coté de ça il y a la satisfaction de les voir progresser avec cette vie stimulante, Guilhem est entièrement propre et nous divise les stocks de couche et surtout les déchets par 2, il fait ses premier bonhommes et voitures en dessin, et il est très à l’aise dans l’eau ; objectif pour moi : le faire nager avant ses 4 ans.
Coté navigation, nous sommes confortables sous simple gennaker, nous croisons des petits dauphins, surprenons une tortue, par contre, je n’arrive pas à remonter 2 énormes poissons qui me font perdre mes plus gros Rapalas, et en plus un énorme marlin saute derrière le bateau pour se moquer de moi ! Marine se régale la nuit avec les tourbillons de planctons phosphorescents du sillage . Coté jardin, nous faisons notre première cueillette du basilic de Nico en espérant qu’il survivra au climat tropical !
Le 21 juin nous franchissons le méridien 0 et passons désormais en longitude ouest, go west !!
L’horloge du bord est mise à l’heure UTC, nous vivons encore à UTC +2H mais pour la suite nous soustrairons une heure à chaque 15 degrés de longitude ouest franchis.
Finalement nous rectifions le cap pour le petit port d’Almerimar, plus charmant qu’Almeria.
A l’approche de la baie d’Almerimar, je suis émerveillée de voir ces bassins salins qui jouxtent la mer, cela me rappelle les Salines de Maras du Pérou …en réalité, ce sont des champs de plastiques : des milliers d’hectares de serres, qui produisent les mauvais fruits espagnols ensuite exportés dans toute l’Europe ( les bonnes fraises du mois de janvier par exemple !)
A Almerimar, ce sera 48 heures d’escale technique, sous un soleil de plomb : Olivier s’affaire à réaliser les nombreuses tâches qu’il s’était fixées ( monter en haut du mât, changer deux drisses, changement du coude d’échappement moteur, repeindre l’annexe….) juqu’à 22h passées! Franchement, impressionnant ! Pendant ce temps, Philippine choisit de marcher, et vraiment cette fois ci ! trop choute !
Pour soulager Oliv dans son bricolage, je me promène sur les pontons et rencontre une famille d’Anglais-Norvégiens et leur 4 enfants qui partent pour un voyage de deux ans à bord de leur voilier de 20m !
Le lendemain, nous passons la soirée à la plage, pour la fête de la Saint Jean où se cotoîent de nombreuses familles et enfants, autour de barbecues géants et buchers en feu: ambiance populaire, délicieuse ! Nous sommes à l’horaire espagnole, les enfants se couchent desormais vers 22h en moyenne ( ce qui ne les empêchent pas de se lever vers 7h30 )
Puis départ pour Gibraltar, pour une traversée magique, ou, entre deux aquarelles les dauphins viennent par groupes de 10 jouer avec l’etrave de Karemo. Nous observons également quelques globicephales : animal lent, calme, qui nous fait la joie de cracher de l’eau par son évent, telle une baleine !
A l’approche de Gibraltar, nous partageons notre route avec quelques centaines de Cargos, pétroliers, supertankers…un charme irrésistible ! Le traceur va exploser avec la concentration d’ AIS !
Ca y est, nous voyons le “rocher” de Gibraltar, et à l’arrivée au port, nous sommes attendus par l’équipage ZANZIBAR, avec qui nous nous sommes donné RDV …via Facebook afin de nous rencontrer car partageons les mêmes vies ! Nous avons ainsi la joie de profiter durant 48h de Laurent, Bérangère, Blanche 4 ans et Gabin 2 ans, pour le bonheur de tous ! Les enfants sont aux anges, entre concours de trotinettes, cabane a l’avant deKaremo, escalade des boots de Zanzibar. Nous fêtons les 31 ans de notre nouvel ami le soir meme, autour d’un bel apero ! Le lendemain, Laurent, professionnel des chantier Jeanneau, aura le loisir ( enfin j’espère !) de conseiller et aider les capitaines de Gaia et Karemo pour maints bricolages à bord !
La ville de Linea de la Conception nous déçois et est des moins charmantes: nous décidons de quitter ce port afin d’aller à Tarifa, jolie ville blanche a l’extrême Sud de l’Espagne dont Marine F. garde un excellent souvenir .
Nous quittons, un peu nostalgiques, nos nouveaux amis, et prenons la mer, pleine de courants et vents de face pour 15 milles, quasiment au moteur en totalité.
A coté de nous le passage des supertankers et méga portes-containers est continu, la remontée du détroit est difficile, le vent de face nous fait pousser au moteur, il y a plein de bouillonnements, de vagues croisées du fait du courant qu’on n’aura jamais eu avec nous! 5 heures plus tard nous sommes au mouillage devant la digue du port de Tarifa, mais le pilote du port menace de faire venir la police si nous ne nous déplaçons pas au quai du port commercial, soit disant pour raison de parc naturel. En réalité, c’est pour nous faire passer par la zone de transit du flux de voyageurs en provenance du Maroc. Le quai n’est pas fait pour de petits voiliers mais nous pensons que c’est jouable ; nous partons visiter la ville et c’est tellement joli que nous y restons pour diner. Au retour, le niveau de la mer est 2m plus bas, une des amarres de Karemo s’est rompue et les bateaux tapent contre le quai , nous sommes obligés d’aller dans un recoin du port car dehors la houle est trop forte. Au final, un chandelier arraché pour Gaia et notre portique enfoncé, bienvenu aux bizuts de l’Atlantique, nous retenons la leçon !
Départ 7h30 bien contents de quitter cette nasse, toujours vent de face pour la 2ème partie du détroit, au moteur contre le courant, nous avançons difficilement jusqu’à Barbate où nous faisons escale pour 2 nuits dans une vraie marina. Nous sommes ici au bout de l’Europe, la côte est sauvage avec d’immenses plages, nous passons du bleu de la Méditerranée au marron vert de l’Atlantique et l’eau est nettement plus fraiche de même que l’air vivifiant et ce vent constant qui me permet de tester mon serf volant de traction avec l’aide d’Edouard pour les réglages ! Edouard est le jeune capitaine d’un vieux Trismus parti de Bordeaux et de retour du Maroc qui est amarré à nos cotés, Félix son second et ses 2 équipiers Emilie et Sylvain avec qui nous avons vite sympathisé.
Nous échangeons techniques de stratification pour réparer notre dérive, séance d’ostéopathie et d’acupuncture pour le poignet de Marine, babysitting, apéro et tuyaux sur le Maroc, et finissons par un quintet guitare, yukulele, harmonica, kazou et cuillères inox. Visant initialement Agadir, nous couperons la route en deux par Rabat, la capitale qui les a emballé !
Départ pour une navigation musclée, traversée au grand largue par forte houle, nous coupons le rail des supertankers qui ensuite forment au loin un éventail vers leurs multiples destinations. Nous filons avec Gaia par 7,5 nœuds nous éloignant de 10 miles des côtes pour éviter barques et casiers de pécheurs.
Pas de problème de navigation par cette nuit claire, peu de trafic dans cette zone, nous filons plein sud faisant basculer la grande Ourse et l’étoile polaire un peu plus prés de l’horizon. Au petit matin, l’odeur est puissante, nous sommes en Afrique, Karemo slalome entres les bouteilles plastiques signalant les casiers et les petites barques multicolores, nous négocions la passe dans une bonne houle, cette fois ci en ayant intégré la marée haute car la passe est décrite comme pas facile. Nous remontons la rivière au pied de la Médina et des immenses cimetières blancs jusqu’à la marina où nous sommes reçu par un gardien étonné… nous apprenons plus tard que l’entrée de la marina ferme en cas de forte houle !






















