NUKU HIVA
Après une douce nuit de traversée, nous ancrons devant le petit mouillage de Hatiheu ( à prononcer : « Ah t’y es où ? ») où nous pensions rester juste une nuit afin de récupérer Raph. Mais, joie du hasard des rencontres, nous y sommes restés une semaine car avons rencontré une sympathique famille. Observant tranquillement le dispensaire, Fifi alerte par ses cris l’infirmière qui ouvre d’un coup la porte : « Bon, vous entrez ou pas ?!! » Désolés de l’avoir dérangée durant son travail, nous lui expliquons que nous étions seulement en train de regarder les affiches de prévention. 10 minutes après nous nous retrouvons invités chez elle, à saluer son mari et leurs 4 enfants ! Eléonore, originaire de Normandie, vit dans ce village depuis 8 ans, s’est mariée avec Panui, Marquisien, et ont fait 4 charmants enfants en 5 ans ! Cette jeune quarantenaire me surprend par sa douceur, sa sagesse, et l’acceptation d’une vie si éloignée de ses origines et des siens – ce dont elle semble parfois souffrir, mais peu. Ils vivent dans une petite maison, prêtée par le beau père depuis des années, en attendant de finir la construction de leur propre maison, 50 mètres plus haut.
Nous passons près d’une semaine, à venir tous les jours chez eux, offrant à nos enfants de rire et jouer tous ensemble. Quelle chance, les petits Marquisiens sont justement en vacances ! Gentiment, ils nous invitent à faire un four marquisien, ce qui réjouit Raph et Oliv. Nous pouvons alors observer et contribuer à la réalisation, en plusieurs étapes de ce fameux repas traditionnel. Dans un trou creusé en terre, on fait un feu sur lequel sont déposées des pierres de laves, afin de les chauffer intensément. Les pierres brûlantes sont ensuite recouvertes de cœurs de bananiers, riches en eau. Enfin, le plat recouvert de ses feuilles de bananier est déposé sur ce tapis. Il est enseveli et cuit, à l’étouffé, 5 heures durant. Le repas qui suivit fut un délice. Pendant que Raph et moi profitons d’une journée au Sud de l’île afin de randonner jusqu’à la cascades de Hakaui, Oliv-super babysittor- s’occupe des 3 monstres et va nourrir les chèvres de Panui ; Cette semaine avec Raph et son fils Noé passera bien vite. Pendant que nos 3 monstres se disputent leurs jouets, nous profitons des apéros, un petit resto, balades sur les sites sacrés…
Puis nous mouillons dans la superbe baie de Anaho. On y voit de petits requins pointes noires, nager tout près de la plage. Les fonds sont transparents et emplis d’une myriade de poissons. Malheureusement, notre guindeau rend l’âme et Oliv doit remonter seul 45 m de chaîne « de 12 » , avec une ancre d’environ 35 kg. Cela nous déprime un peu, impossible de réparer le guindeau et Oliv passe des heures à le démonter, le scier, tout mesurer, chercher un guindeau à vendre sur Tahiti ou en France…ici aux Marquises nous sommes isolés du monde et il est compliqué d’importer de nouvelles pièces. Nous pouvons heureusement compter sur Gui et Isa, propriétaires d’un superbe catamaran Catana 50. Ils nous donnent une ancre de substitution. En effet, Oliv et moi ne pouvons remonter à chaque départ notre ancre et chaine, bien trop lourds. Enfin nous allons découvrir Taiohae, Capitale de Nuku Hiva. Comment vous donner une rapide idée de l’atmosphère de la capitale des Marquises … nous y voyons quotidiennement des gens piquer un petit galop à cheval ( leur mode de transport, non un loisir) pour rentrer chez eux. Le petit hôpital qui surplombe la baie est calme, agréable. Nous aurions aimé nous installer ici quelques mois, mais malheureusement, ils ont besoin d’un chirurgien « généraliste » (qui fait de tout : orthopédie , césarienne, viscéral…) et Olivier préfère travailler sa spécialité. Dommage, car dès que je passe dans une île, on me dit « aaah mais tu sais, on a besoin d’un ‘taote’ (médecin) ici, il faut que tu restes !». En effet, il n’est pas difficile pour moi de trouver du travail dans ces îles merveilleuses…
Aux marquises, situées à 1500 km de Tahiti, on ne compte en moyenne pas plus que 10 naissances par an. Ainsi, il n’y a presque plus de vrai Marquisiens, né sur leur propre sol. Si une femme désire accoucher à Taiohae, elle doit signer une décharge comme quoi c’est à ses risques et périls. Pas très engageant. Elles préfèrent donc accoucher à Papeete, prenant un vol 1 mois avant la date présumée d’accouchement. Toute la santé est centralisée sur Tahiti, ce qui rend souvent la vie difficile aux Marquisiens. Je trouve cela bien triste. 83% de la population Polynésienne est a Thaiti et Moorea. Aussi les archipels bien éloignés comme les Marquises ( moins de 10 000 habitants) sont souvent laissés pour compte.
Nous louons un 4x4 avec Gui et Isa, profitant de parcourir l’île par voie de terre. Nous découvrons de superbes plages désertes, rencontrons une famille qui nous couvre de fruit . Alors que nous souhaitons demander à une dame si elle accepte de nous offrir « uru » ( fruit à pain »), après avoir papoté avec sa famille, nous découvrons la benne de notre voiture pleine de caramboles, 3 régimes de bananes, et un uru obèse ! Au terme de notre journée, sur le retour, nous avons la chance de voir une horde de chevaux sauvages galoper.
UA POU
Enfin, nous partons découvrir notre dernière île Marquisienne. Lors de notre approche, nous sommes accueillis par un décor majestueux : 12 pics volcaniques se dessinent. La baie de Hakahau est surplombée de 4 d’entre eux, offrant un mouillage superbe. Ce village est plein de vie. Comme partout, nous voyons les jeunes jouer au volley avec un excellent niveau, pendant que d’autres, moins jeunes, préfèrent la pétanque. De nombreux Va’a (pirogues) glissent sur l’eau, avec dextérité. Les gens sont sportifs ici. Nous découvrons une douce atmosphère dans ce village. Oliv élit siège à la cantine agricole ( repas à volonté !) qu’il apprécie particulièrement. Une petite librairie tenue par un Français présent depuis 18 ans jouxte le centre artisanale où sont exposés sculptures sur bois, chapeau tressés, bijoux de graines…
Nous rencontrons Jérôme, ancien militaire installés à Ua Pou depuis 12 ans, avec sa femme, marquisienne et leur fils de 8 ans. Celui-ci, guide, nous accompagne lors 3 journées de visite et randonnées au travers de l’île. Sa culture historienne et botanique est sans fin, c’est un plaisir de vivre les Marquises avec lui. Nous sommes accompagnés de Doudou et Padou (Dominique et Dominique !), beau couple de soixantenaires qui parcourent le monde depuis 10 ans, à bord de Kéa leur catamaran Outremer 45. La joie de vivre de Doudou (la femme) m’interpelle. Ils sont heureux, leurs 4 enfants sont en France, et se voient régulièrement lorsqu’ils retrouvent leurs parents lors d’un voyage. Doudou me raconte fièrement la vie de chacun d’eux. Ils respirent le bonheur. Nous passons ainsi notre dernière semaine aux Marquises avec Oxygène, et Kéa, les deux équipages toujours près à nous aider, nous rendre service. Gui, Isa, Doudou et Padou forment d’excellent grand-parents de substitution provisoires ! Les enfants les adorent. Nous aussi .
Les rencontres atypiques sont un peu ma spécialité. Je me fais soigner le pied pour Claude, ancien légionnaire –patissier- mécano-peintre. Il est sur Ua Pou depuis plus de 25 ans. Il me soigne en magnétisant, avec du réiki et de l’acupression. Le lendemain je lui achète une miche de pain, délicieuse. Ici les gens sont pour ainsi dire…polyvalents ! Gaïa est parti depuis une semaine pour les Tuamotu, afin d’accueillir Pierre Yves et Marine. Nous leur emboitons le pas quelques jours plus tard afin de vivre de nouvelles aventures. Les Tuamotu, situées à 550 milles, n’ont rien à voir avec les Marquises. Ce sont des îles plates et rien n’y poussent. Mais les 300 îles et atolls regorgent d’une vie sous marine exceptionnelle … A nous la nage parmi les requins, raies Manta… et le plaisir de revoir les copains ! Il ne reste plus qu’une traversée de 5 jours, Karemo plein de fruits offerts. Je fête ma 36ème année en plein Pacifique, et m’offre un petit plouf dans une eau d’un bleu saisissant, par 4000 mètres de profondeur ! Gloups ! Je reçois de bien jolis cadeaux de mes 3 pistils, autour d’un délicieux gâteau au choc’.
Au revoir Marquises chères à nos cœurs, nous reviendrons.






































